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Le Premier DG noir de l'UNESCO , le premier sénégalais a avoir reçu le Doctorat honoris causa en 1974

Amadou Mahtar Mbow : « Un combat pour la Justice et la liberté jusqu’en Amérique du Sud ». (Lutte contre le PLAN CONDOR)

’est sans doute en parcourant l’itinéraire du Pr Amadou Mahtar Mbow, qu’on admettra finalement qu’il est incontestablement un homme en avance sur son temps et que sans nul doute, il est l’un de ceux qui ont le plus d’influences positives sur la bonne marche du monde du XXème et du XIXème siècle.

C’est avec courage, sagesse, détermination et constance qu’il a pris part à tous les combats de son époque dont il est sorti avec brio vainqueur. Force est de constater que c’est parce qu’il n’a jamais voulu faire de ses victoires éclatantes une quelconque gloriole, qu’une bonne frange de la jeunesse méconnait son Œuvre aussi utile et colossale mais, fort heureusement elle reste aujourd’hui le témoignage vivant des usages qui rythment notre vie quotidienne.

C’est ainsi également que face aux horreurs du PLAN CONDOR, il n’y est pas allé par quatre chemins.

A travers l’UNESCO sous sa direction, il a dénoncé avec ferveur et courage les atrocités de cette opération qualifiée de crime contre l’humanité avant de tirer les quelques rescapés des griffes de leurs tortionnaires pour mieux leur frayer la voie vers un avenir plus humain.

 

L’OPERATION CONDOR est le non donné à la compagne d’assassinats et de lutte antiguérilla menée conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay au milieu des années 70.

Alors qu’on est en pleine guerre froide, c’est ainsi que ces Etats ont institué ce qui est devenu l’une des plus vastes campagnes de répression, et de violation des Droits humains en Amérique du Sud.

Face à cette situation, nombre d’opposants politique tentèrent et réussirent à traverser les frontières de leurs Etats pour trouver refuge dans d’autres pays. Ce qui a provoqué évidemment une vive colère chez les dictateurs qui ne pouvaient point admettre le fait de voir les dissidents qu’ils qualifiaient de communistes, les échapper.

En effet, pour reprendre la situation en main, ils organisèrent une réunion secrète le 25 novembre 1975 dont le but était de mettre en place un système leur permettant d’échanger des informations sur les opposants et autoriser leurs arrestations où qu’ils se trouvent et de les reconduire clandestinement dans leurs pays d’origine où ils étaient acheminés dans des camps de concentration dont la destination était la torture et l’élimination physique.

D’après un article du Journal Paris-Match, ont pris part à cette rencontre :

le général Manuel Contreras, chef de la police chilienne, le capitaine argentin Jorge Casas, le major Carlos Mena, de Bolivie, le colonel Benito Guanes Serrano (Paraguay), le colonel José A. Fons (Uruguay), et les Brésiliens Flávio de Marco et Thaumaturgo Sotero Vaz, tous deux vétérans des combats contre la guérilla de l’Araguaia.

Quelque temps après cette rencontre exceptionnelle, une vague de tortures et de meurtres qui durera près de dix ans débute. Elle comptera notamment parmi ses victimes Orlanto Letelier, un ancien ministre des Affaires étrangères du Chili et l’ex-président bolivien, Juan José Torres. Mais l’assassinat de María Claudia García est certainement l’un des plus retentissant tant il est devenu le symbole de cette période trouble. Âgée d’une vingtaine d’années, la jeune femme était mariée à l’argentin Marcelo Gelma, poète et journaliste indépendant, fils de l’écrivain Juan Gelman, mais surtout membre de nombreux mouvements pour la liberté. Ses activités ont rapidement éveillé les inquiétudes du gouvernement, qui a finalement décidé de le faire kidnapper avec sa femme, en juillet 1976.

Toutefois,

Son Excellence MIGUEL ANGEL ESTRELLA, Ambassadeur de l’Argentine auprès de l’UNESCO,

nous en dit long à travers son Témoignage sur l’œuvre de Pr AMADOU MAHTAR MBOW, Ancien Directeur général de l’UNESCO (1974-1987, prononcé lors du Colloque international organisé le 31 mai 2011 au siège de l’UNESCO à Paris par l’Association des anciens fonctionnaires de l’UNESCO (AAFU).



«  C’est très émouvant, cher AMADOU MAHTAR MBOW, de fêter ton anniversaire entouré d’amis aussi chers que FEDERICO MAYOR, IRINA BOKOVA, Françoise RIVIERE, ELEONORA MITROFANOVA, HENRI LOPES, enfin tous ces amis qui sont sur la même longueur d’onde que toi, que ce que tu as semé et qui a continué après avec FEDERICO MAYOR.

A l’époque où je suis arrivé à l’UNESCO, via le Courrier de l’UNESCO, je ne savais pas que mon avenir, mon destin seraient tellement liés à cette organisation. J’ai connu AMADOU MAHTAR MBOW en 1980, lors de ma libération, et c’est par lui, et aussi par FEDERICO MAYOR, que j’ai appris qu’en 1977 mes collègues du monde entier, surtout des musiciens avaient mobilisés de très nombreuses personnes autour de ma disparition forcée, un fléau dont l’Argentine – mon cher pays – était au premier rang, hélas ! Alors, cher AMADOU, tu avais envoyé immédiatement des émissaires confidentiels – des choses que je raconte toujours ici à l’UNESCO. En ce temps-là, l’UNESCO pouvait immédiatement réagir devant des faits abominables, et c’était le cas. J’ai appris, depuis lors, qu’en 1977 AMADOU savait tout de l’Opération Condor – donc de ces hommes et de ces femmes qui disparaissaient en Uruguay, au Brésil, en Argentine, en Bolivie, au Chili, au Pérou (une connivence existait entre toutes les dictatures militaires de l’époque).

Ainsi, moi, l’Argentin, j’avais été enlevé en Uruguay. Deux émissaires de l’UNESCO sont arrivés pour négocier avec les militaires Uruguayens pour ne pas me renvoyer clandestinement en Argentine, parce que, là, cela aurait été la fin. L’Opération Condor consistait à vous enlever là où vous vous trouviez, mais la destination finale, c’était le camp de concentration pour la torture et l’élimination physique dans votre pays d’origine. C’est l’UNESCO qui m’a sauvé de cela, parce que les négociateurs – l’un s’appelait Paulo E. Berrêdo Carneiro, brésilien – avaient dit aux uruguayens, qui niaient absolument que j’avais été enlevé : « Nous le savons parfaitement bien, il était chez lui, nous avons interrogé les voisins, c’est un enlèvement qui a eu lieu tel jour, à telle heure. Alors vous, Uruguay, vous êtes considérés comme la Suisse de l’Amérique du Sud… Si vous n’y prenez garde, cet état des choses ne va pas durer. Depuis la disparition de Miguel, il y a une émission sur Europe 1(en France) tous les jours, et bientôt, il y aura des centaines d’émissions dans la communauté européenne, aux Etats-Unis d’Amérique, au Canada, au Mexique, au Venezuela aussi » -, lequel avait été très actif depuis ma disparition. Sur la plupart des gens qui ont été enlevés en même temps que moi – je crois que nous étions environ 22 -, il y a eu seulement 4 adultes qui ont échappé à la reconduite clandestine en Argentine. Aujourd’hui l’un de ses camps de concentration est devenu un centre de mémoire. Je crois que tu as été très heureux AMADOU, et toi aussi FEDERICO, que ce centre de la mémoire accueille un centre de catégorie II de l’UNESCO consacré aux droits de l’homme. Je crois que se sont des graines d’espoir que vous avez semées au cours de vos mandats.

Je n’ai pas oublié non plus l’un de tes collaborateurs, que tu as mis à la disposition de tous les artistes en France qui se battaient pour ma libération : je veux nommer Karel Vasak. C’était un extraordinaire conseillé, un espoir pour tous mes collègues qui venaient presque tous les jours à l’UNESCO rappeler ma disparition. Tout cela était le motif de notre première conversation en 1980. Je me souviens qu’on a beaucoup parlé à cette occasion ; tu avais une vision tellement claire de l’histoire de l’Afrique, de l’histoire de l’Amérique Latine. On a parlé de tout ce que nous avions en commun, entre autres la culture, de l’influence africaine dans beaucoup de manifestation musicales, de l’histoire des esclaves, des esclaves africains qui étaient en Amérique Latine et qui se sont battus avec les créoles pour l’indépendance, des thèmes passionnants qui sont aujourd’hui autant de motifs de mon action.

J’ai créé un programme qui s’appelle : « La voix des sans-voix », consacré à toutes les cultures originaires de l’Amérique Latine et des Caraïbes, et à la négritude Sud-américaine, c’est-à-dire à toutes ces communautés qui se sont formées et qui, souvent ont conservé la culture de leurs ancêtres tout en vivant normalement en Bolivie, en Colombie, en Argentine…

Aujourd’hui, ce programme « La voix des sans-voix » et toute cette négritude Latino-américaine sont inclus dans le Festival que nous organisons chaque année depuis 2005. Tout cela a quelque chose à voir avec ton exemple d’homme visionnaire, du visionnaire que tu étais et qui connaissait l’histoire de mon pays.

Je me souviens aussi qu’ultérieurement, je crois que c’est en 2003, qu’au mois d’Août, on s’est retrouvé ici à l’UNESCO et tu m’a fait une analyse courte et exacte de deux personnalités, Lula et Kirchner(Nestor), qui son devenus les constructeurs, les architectes d’un nouveau MERCOSUR(Marché commun du Sud). Celui-ci qui s’appelle aujourd’hui UNASUR (Union des Nations Sud-Américain», a, entre autres objectifs, une Idée qui t’es très chère de même qu’à FEDERICO, « La culture de la paix », mais dont l’unité est bâtie sur l’exclusion des Etats-Unis d’Amérique et du Canada dans les décisions de cette partie Sud-américaine qui s’accroche, d’une manière qui est peut être pour la première fois réelle, à la souveraineté… »



Jorge Videla et ses co-accusés, lors de l'ouverture du procès du Plan Condor.

D’après ce même article du journal Paris-Match, CNN nous rapporte que, pendant le Plan Condor, 30 000 personnes ont mystérieusement disparu, 50 000 ont été tuées et près de 400 000 emprisonnées.

En dépit de l’adoption des lois dites « Point Final » et  de « Devoir d’obéissance » amnistiant ces crimes odieux pendant la présidence de Raul Alfonsin, sous la pression militaire, un espoir renait chez les presque 106 familles de victimes car, le président Nestor Kirchner, au pouvoir de 2003 à 2007, les a abrogées et les a déclarées inconstitutionnelles. Il a ainsi permis à la justice d’inculper plus d’un millier de militaires ou de policiers et les procès se multiplient depuis, à l’instar du procès du Plan Condor.

Face à l’atrocité de ce Plan CONDOR exacerbée par la complicité de certaines grandes puissances, l’UNESCO sous AMADOU MAHTAR MBOW s’est levée comme un seul homme pour sauver d’abord ce qui pouvait l’être avant de continuer à dénoncer l’impunité de ces actes qualifiés de crimes contre l’humanité.

Trois décennies se sont écoulées, mais l’action courageuse et humaine ne s’est point effacée.

Le procès qui est ouvert depuis le 06 mars 2013 en Argentine permettra de faire la justice sur cette effroyable internationale de la répression politique et constitue d’ores et déjà une victoire pour l’UNESCO, le SENEGAL, la DEMOCRATIE et la LIBERTE de même que pour les 106 Familles de victimes.

Cela laisse entendre que chez le Pr Amadou Mahtar Mbow : « il n’y a point d’acte sans principe et aucun principe ne peut demeurer pérenne s’il ne s’adosse pas sur des valeurs ».

 

Souleymane WADE

 
 

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