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Le Premier DG noir de l'UNESCO , le premier sénégalais a avoir reçu le Doctorat honoris causa en 1974

Ceux qui n’étaient pas à l’hommage rendu à
Amadou Mahtar Mbow

 

Décidément le Sénégal est un pays de paradoxes ! Voila un pays qui a érigé l’arrangement, le masla, en viatique pour tous les actes publics ou privés. Voila un pays dont la principale industrie lourde est la médiation, tant celle-ci mobilise des énergies énormes, qui malheureusement ne peuvent servir à produire de l’électricité, et enflamme des acteurs qui se recrutent partout, des lieux de pouvoirs aux cercles religieux et aux gardiens de la tradition. Voila pourtant que le Chef de l’Etat, qui prend le temps de convier des lutteurs dans ses bureaux pour les réconcilier (et sans doute les appâter), ne trouve pas celui de faire une apparition à la séance solennelle d’hommage international rendu au plus illustre fils vivant de son pays ! Dans tous les pays du monde on enterre les armes et on tait les querelles lorsque vient le moment de fêter une gloire nationale et de partager le mérite de l’un des siens. Il y a un temps pour la guerre et les récriminations, il y a un temps pour la communion et le partage. Ignorant ce précepte biblique le Président de la République, les membres de son parti et de son gouvernement, ses hagiographes et ses groupies étaient absents à une cérémonie parrainée, entre autres, par le président de la Commission de l’Union Africaine, les Directeurs Généraux de la BAD, de l’Unesco et de la FAO, un ancien Président de la République et une demi douzaine d’anciens Premiers Ministres, des hommes de culture de tous les continents. Par cette défection il aura réussi la prouesse de rater à la fois les obsèques de Mamadou Dia, mort quasi centenaire, et la commémoration des 90 ans d’A. M. Mbow. Pour un homme de son âge c’est une forme de trahison.
Pourtant, pour une fois, le Président de la République a perdu une bonne occasion de parler, d’abord en raison de la qualité de l’auditoire, qui n’était fait que d’hommes et de femmes libres et consentants, sans casaques ni pancartes. Cela l’aurait changé des foules embrigadées qui l’acclament sans même saisir le sens de ses mots. Il aurait aussi pu tirer profit de cette tribune en raison de ce qu’il aurait pu dire ou apprendre sur ce qui a été la ligne de conduite de celui qui, tout au long de ses mandats, avait choisi de persuader plutôt que séduire.
Aujourd’hui nous avons tous mille raisons de le fêter.
 D’abord pour des raisons purement domestiques. Le seul fait qu’il ait 90 ans et qu’il continue encore à réfléchir sur notre avenir mérite notre attention. Nous appartenons à une civilisation qui honore les Anciens, comme le rappelait A.Hampathé Ba, et Mbow fait aujourd’hui partie des Ainés de notre nation. Idrissa Seck a sans doute raison de dire que Wade est partiellement acculturé et que c’est pour cela qu’il oublie souvent la sagesse millénaire africaine , nos repères et nos codes sociaux. L’homme âgé n’a pas acheté son savoir, dit un proverbe pulaar, il lui a suffi de vivre : à ce seul titre Wade aurait du considérer l’hommage à Mbow comme une leçon d’instruction civique. « Yes we can ! » : c’est  le message que nous lègue « l’itinéraire qui a conduit un petit paysan du Sahel africain à la tête de l’une des plus grandes organisations du monde » , au sommet de la science et de l’esprit, avant de s’en revenir dans sa petite patrie , comme Cincinatus, et continuer à  servir humblement ses concitoyens. Le monde entier nous est aujourd’hui redevable de ce culte que nous vouons aux aînés et il suffit pour cela de rappeler la mission dévolue au groupe des Elders, formé autour de Desmond Tutu et d’autres bonnes volontés, et qui s’investit pour régler les crises et briser les malentendus.
Nous avons le devoir de rendre hommage à Mbow parce qu’ils ne sont plus que trois ou quatre survivants qui ont porté « dans leurs mains périssables » le destin de notre pays dans les heures graves où il cherchait sa voie vers la restitution de son droit à se gouverner et à s’assumer. C’est un témoin privilégié des premières heures de notre indépendance, un acteur de notre apprentissage de la démocratie et il a plus à nous dire que certains pontifes plus bruyants que profonds.
Mais il y a des raisons moins personnelles, que nous partageons avec d’autres africains et même avec d’autres peuples du monde, pour marquer notre reconnaissance à l’homme qui porte si allégrement ses 90 ans. Ces raisons sont exprimées dans le discours prononcé par Mbow à l’occasion de sa prise de fonction. Il rappelait alors que sa nomination était à la fois un honneur fait au Sénégal, la mise à mort de préjugés qui ont marqué l’histoire de l’humanité, « un témoignage de confiance envers l’Afrique et d’estime envers les peuples déshérités ». Il affirmera, quitte à se répéter, que l’Unesco était au service de ceux-ci, que le plus aigu de leurs aspirations était la dignité et que pour lui le développement devait être « le mouvement vers le haut de l’humanité entière ».
Il a été un symbole et les symboles sont à la fois sacrés et fragiles. Il a été le premier Africain porté à la tête d’une institution du système des Nations-Unies, la plus symbolique sans doute, parce qu’elle s’occupe d’éducation et de culture et que c’était là, disait-on, notre maillon faible. Mais le nouveau Directeur Général avait prévenu son monde : « L’Unesco, avait-il dit, ne peut que se porter les peuples, dans les domaines qui relèvent de sa compétence, sont le plus menacés, sinon elle faillirait à son devoir. »
 Mbow a ouvert une porte qu’emprunteront d’autres Sénégalais et s’il avait échoué ni Jacques Diouf ni Pierre Sané ni même Abdou Diouf, pour ne parler que des Sénégalais, n’auraient conquis de haute lutte les directions de la FAO, de Amnesty International ou de l’OIF. A la fin de son premier mandat il est réélu à l’unanimité : s’il avait échoué ce serait le retour de ces préjugés qu’il avait stigmatisés et cette fois nous aurions plus de difficultés à les éradiquer.
Mais au-delà des symboles il y a l’action. Quel beau discours Wade aurait pu faire s’il avait tenté par une habile et lyrique dialectique, de faire le lien entre les actions menées par Mbow à la tête de l’Unesco et quelques uns des rêves auxquels il tente de donner vie et dont certains s’étiolent comme des raisins au soleil.Car,comme le dit A. M.Mbow «il n’y a pas d’action sans principes» et contrairement aux projets pharaoniques du Président de la République qui ont obéi plus souvent au bon plaisir qu’à la nécessité, il a préféré des idées simples mais qui avaient un poids d’urgence. Wade n’a donc souvent fait que mettre ses pas dans les sillons qu’il avait creusés. Haïti et l’illusion d’une renaissance de la première nation nègre ? Il est bien dommage que le Président de la République n’ait pas eu l’occasion de rappeler que c’est sous la responsabilité d’un Sénégalais que l’Unesco a entrepris les travaux pour la sauvegarde de la citadelle Laferrière, (et celle du palais de Sans Souci et du site des Ramiers) qui constitue non seulement la plus importante forteresse jamais construite dans les Amériques depuis Christophe Colomb, mais aussi le témoignage le plus représentatif de l’histoire du peuple haïtien. L’intérêt des Sénégalais pour Haïti n’a pas commencé avec le tremblement de terre de janvier 2009 et M. Mbow a des attaches bien plus profondes avec ce pays qu’aucun autre Sénégalais.
L’égalité hommes-femmes, autre dada du Président de la République ? Il ne suffit pas de voter des lois et celle sur la parité hommes-femmes a juste un an et n’est ni appliquée ni, peut-être, applicable. .Dommage que Me Wade n’ait pas retenu la leçon de l’ancien Directeur Général de l’Unesco pour lequel le droit des femmes n’était pas un gadget et qui professait que c’était «dans l’esprit des hommes, comme le dit dans un autre contexte l’acte constitutif de l’Unesco, qu’il faut éliminer les obstacles» opposés à cette nécessaire réparation de l’injustice. Mais, nous le savons, l’Alternance s’occupe plus à remplir les poches de (quelques) Sénégalais qu’à transformer leurs esprits.
Enfin Me Wade, héraut des NTIC ? Cela tombe bien puisque c’est pour avoir voulu mener un combat pour l’émergence d’un nouvel équilibre mondial de l’information que Mbow a soulevé l’ire des grandes puissances, celles de l’Ouest comme celles de l’Est, et ouvert une guerre qui lui vaudra sa place et mettra en péril l’existence même de l’Unesco. On l’avait accusé de menacer la liberté de presse alors qu’il cherchait à promouvoir la liberté de communication dans les pays du Sud, et de manière générale, la liberté et l’égalité dans la communication. Bien avant notre entrée dans la société de communication il avait prédit que les moyens de communication pouvaient être des moteurs de développement. Lorsque Wade relaie l’accusation américaine de « mauvaise gestion »portée contre Mbow il oublie que l’autre partie de l’accusation stipulait que l’Unesco « prêtait son infrastructure aux campagnes anti-impérialistes dirigées contre les Etats-Unis ».C’est avec de tels arguments qu’a vingt ans de distance, on avait exécuté Ethel et Julius Rosenberg et fait tomber Salvador Allende !
L’absence de Wade n’était donc ni justifiée ni productive car il y a des moments où les absents sont plus visibles que les présents. Mais elle était prévisible, elle est dans la ligne d’un homme qui, au fil des ans, ne supporte plus qu’une autre étoile brille à ses côtés. C’est sans doute pour cela que d’autres absences, pourtant moins prestigieuses, nous chagrinent davantage. On n’’image pas qu’un hommage soit rendu à Mbow sans la présence d’un Souleymane Ndiaye ou d’un Alioune Badara Ba, sans les témoins de ses combats, sans ceux qui ont pris des risques pour le défendre ou bénéficié de son appui. « Sois là ou les regards guettent ton arrivée et où ton absence est remarquée », dit un proverbe pulaar. Oui, il y a des absents auxquels on voudrait dire : revenez vers nous, revenez à vous, il se fait si tard !
Fadel Dia

 

 
 

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