02-06-2008

Les Assises nationales ont démarré hier, dimanche 1e juin à Dakar. Dans son discours à l’ouverture, Amadou Makhtar Mbow,le président du bureau a clairement indiqué pour que nul n’en ignore que celles-ci ne sont « ni démagogiques, ni un complot, ni un coup d’Etat ». Initiatives du Front « Siggil » Sénégal, elles ont été captées par plus de 80 organisations et partis politiques qui ont décidé dans un délai de trois à six mois de parcourir le pays afin de discuter et de parler des tous les problèmes auxquels le pays est confronté afin de trouver des solutions. La cérémonie d’installation du bureau a été riche en déclarations mais aussi en surprises avec la présence des membres du corps diplomatique, de chefs religieux, de dignitaires et de hauts fonctionnaires sénégalais comme Ibrahima Fall, Mamadou Lamine Loum entre autres. Le président du bureau des assises a, en toute mesure, apporté la réplique aux détracteurs des assises nationales.

Le début du mois de juin a coïncidé avec le top de départ des Assises nationales qui se tiendront sur l’étendue du territoire dans un délai de trois à six mois. Elles ont été lancées hier, dimanche 1e juin au Méridien président à l’occasion de l’installation du bureau. D’éminentes personnalités politiques, religieuses, diplomatiques, de la société civile et des différents secteurs d’activités du pays et surtout de fonctionnaires internationaux comme le secrétaire général adjoint de l’Organisation des nations unies (Onu), Ibrahima Fall et des généraux à la retraite ont pris part à cette rencontre qui a battu le record de mobilisation dans ce grand amphithéâtre. Plus de quatre-vingt organisations et partis politiques sont parties prenantes de ces assises nationales qui sont une initiative du Front « Siggil » Sénégal composé par les partis de l’opposition dits significatifs. Toutes les organisations et partis politiques prendront en charge tous les frais afférents à ces assises.

Le président du bureau des Assises nationales et ancien directeur général de l’Unesco, Amadou Mahtar Mbow a tenu à lever toute équivoque sur la nature, la portée, la destinée et les objectifs de manière générale de cette rencontre. Selon lui, « Ces assises nationales ne sont fermées à personne comme elles ne sont dirigées contre personne. En tant que président de ces assises, je voudrais dire haut et fort que je reconnais sans restriction la légitimité du président de la République et des pouvoirs établis. Et rien dans ces assises ne sera fait pour empêcher cette légitimité de s’exercer selon la Constitution et les lois de la République ». Mais, a-t-il tenu à ajouter : « nous tenons en même temps à affirmer notre volonté d’exercer les droits que nous confèrent nos qualités de citoyens libres dans un pays libre et démocratique, y compris celui de réfléchir sur les destinés de notre peuple et le présent et l’avenir de notre pays. Nous sommes en droit d’attendre le respect, la correction et le fair-play de la part de ceux qui ne partagent pas nos vues et notre démarche ».

amadou_mbow.jpg« On ne peut se dérober »

L’ancien fonctionnaire international Sénégalais a expliqué les raisons de son accord pour être à la tête du bureau chargé de gérer, de manager les assises. Son maître mot est : « on ne peut se dérober ». Amadou Mahtar Mbow a affirmé que « c’est après mûre réflexion que j’ai donc accepté de présider ces assises. Au soir de d’une vie aussi longue que la mienne au cours de laquelle j’ai participé à tant de combats pour la liberté, la dignité et le progrès des peuples les miens comme les autres sans attendre que la satisfaction d’un devoir accompli, d’une responsabilité assumée, on ne peut se dérober ». Pour lui, « on ne peut le faire quand des appels aussi unanimes vous sont adressés, quand des espoirs si nombreux sont placés en vous, quand vous sentez chaque jour davantage tant pauvreté et de misère autour de vous. Rester sourd serait reniement de soi surtout lorsqu’on a intégré très tôt dans sa vie les valeurs de solidarité si chères aux cultures africaines, confortées par le principe sacré du scoutisme que j’ai pratiqué dans mon adolescence : « toujours prêt à servir ».

Le président du bureau a indiqué que « ces assises constituent une ouverture à tous, car en son sein s’unissent les mains, les cœurs, et les cerveaux de nombreux Sénégalais. Nous aurions souhaité dire de tous les Sénégalais, car leur unique but est de servir ». Il est d’avis que « le Front Siggil Sénégal a lancé officiellement l’idée et entrepris des démarches pour en faire une réalité, il est bien vite apparu que cette idée était déjà en germe dans l’esprit de beaucoup d’autres Sénégalais et qu’il fallait l’étendre à toutes les sensibilités nationales ». L’ancien ministre de l’éducation sous le règne de Léopold Sédar Senghor a fait savoir que « ce sont donc tous ceux qui sont soucieux de voir ce pays engagé dans un effort collectif de réflexion sur nous-mêmes, sur nos divisions stériles, sur les leçons que l’on peut tirer de tout cela pour qu’ensemble dans l’union et la concordance nous puissions faire face à tous aux dures réalités du moment, ce sont tous ceux qui se trouvent aujourd’hui réunis ».

« Ces assises constituent le meilleur rendez vous de la Téranga »

Amadou Mahtar Mbow a, dans son long discours, évoqué quelques chiffres qui attestent de l’urgence de se retrouver pour discuter de l’avenir du pays et le sortir des difficultés. « Qu’après près de cinquante ans d’indépendance plus de 50 % des ménages Sénégalais vivent en dessous du seuil de pauvreté nous interpelle tous. Que 40 % des ménages qui sont les pauvres se partagent 17 % seulement de l’ensemble des revenus souligne assez la détresse des plus démunis, dans les campagnes comme dans les villes », a-t-il signalé. Avant d’avancer : « nous le savons tous il y a des Sénégalais qui ne mangent que deux repas par jour, d’autres en sont réduits à un seul repas. Beaucoup de Sénégalais allaient seraient morts de faim sans l’apport des émigrés et sans cette solidarité qui demeure encore vivace, solidarité qui risque de s’émousser devant la gravité de la situation et l’ampleur des besoins ».

Par rapport à ce diagnostic, l’ancien fonctionnaire international a estimé qu’aussi est-il nécessaire de fédérer les initiatives venues des secteurs les plus divers de la nation d’utiliser toutes les capacités intellectuelles, toutes les initiatives du secteur formel comme du secteur informel, d’écouter tout le monde, y compris nos dirigeants d’entreprises de toute nature, les paysans du plus profond de nos campagnes, les travailleurs de nos villes et champs, de tous les secteurs d’activité et de la vie sociale. Selon lui, « en sondant leurs pensées, leurs idées sur eux-mêmes, leur situation sur la façon dont ils envisagent la solution des problèmes qui concernent, en confrontant les résultats de ces consultations avec les conclusions des spécialistes on peut parvenir à des consensus globaux qui pourront permettre une action lucide et déterminée, assumée collectivement parce que voulue par chacun. C’est à quoi visent ces assises ».

Il est convaincu qu’on « aura vite fait de les (les assises, Ndlr) accuser « d’être démagogiques » mais elles en seront loin car elles demanderont à tous les Sénégalais, l’effort de la réflexion intellectuelle, le dépassement de soi et des sacrifices sans lesquels aucune nation ne saurait progresser. « Ces assises constituent le meilleur rendez vous de la Téranga », a-t-il martelé.

Réplique du bureau à Wade

Le président du bureau des assises nationales a, de manière implicite, apporté des réponses mais aussi des répliques à certaines autorités politiques et étatiques qui ont pensé que cette rencontre sera une occasion pour prendre en partie Abdoulaye Wade, son régime et son parti. « Chaque parti politique détient un pourcentage de la population. Aucun parti tout seul ne peut se targuer de représenter toute la population Sénégalaise et de fournir les réponses à toutes les attentes sans le consensus général du peuple », a lancé Amadou Mahtar Mbow. Avant de faire comprendre qu’il faut lire ces assises comme la contribution de tous pour dresser un état de la situation du pays.

« Ces assises ne seront pas de ce fait, l’occasion de critiques stériles, d’invectives, de mise en cause de quelque personne que ce soit », a tenu à rappeler l’ancien fonctionnaire international Sénégalais. Ce sont, selon lui, les problèmes, les situations et leurs solutions dans le cadre d’un vaste consensus qui est l’objectif de tous ceux qui se sont engagés dans cette rencontre. « Ce seront des propositions mûrement réfléchis qui en sortiront », a-t-assuré.

Le message phare du président du bureau a été que « ces assises ne sont ni un prétendu complot, terme inacceptable et totalement inapproprié ». Sans l’avouer explicitement, Amadou Mahtar Mbow a battu en brèche les allégations du président de la République, Abdoulaye Wade qui lors de son adresse de samedi 31 mai à l’antenne de la Rts a parlé de « complot et de coup d’Etat ». Afin que nul ne l’ignore, a-t-il précisé, le Larousse définit le mot « complot » comme un dessein concerté secrètement, alors qu’il est bien évident que les trois équations de ces assises sont : « clarté, transparence et ouverture ». Il a, dans la foulée, déclaré à qui veut l’entendre que « ces assises sont encore moins un coup d’Etat, expression infiniment choquante et réprouvée par les citoyens indéfectiblement respectueux de la légalité républicaine que nous sommes tous ici ».

L’ancien ministre des années 60 a, sans cesse tenu à rappeler que « ces assises ne seront ni source de conflit de réprobation ou rejet, ni l’occasion de critiques stériles, d’invectives ou de propos menaçants comme de mise en cause de personnes ».

Le président du bureau est revenu sur le principe méthodologique choisi qui selon lui repose sur le dialogue consensuel plutôt que conflictuel, guidé par la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers et la conviction que les meilleurs spécialistes des affaires Sénégalaises sont les Sénégalais eux-mêmes. « L’importance majeure de cet état des lieux initial, exhaustif, approfondi et contradictoire découle de son caractère inédit et novateur dans l’histoire du pays », a-t-il affirmé. Amadou Mahtar Mbow a déploré le fait que « l’obligation démocratique de rendre compte de son mandat ne soit pas encore entrée dans nos mœurs politiques. Aucun bilan n’a jamais été présenté au peuple Sénégalais ». Il est, selon lui, « temps de rompre avec ces habitudes peu républicaines qui diluent les responsabilités et favorisent l’impunité ».

Mbow invite Wade et le Pds à se joindre à eux

Le président du bureau des assises ne se décourage d’appeler Abdoulaye Wade à se joindre à leur initiative. « Aussi voudrais-je lancer de nouveau un appel au président de la République et à son parti pour qu’ils participent à ces assises », a-t-il indiqué. Avant de lancer un appel à tous nos compatriotes de l’intérieur pour qu’ils se joignent à eux ou qu’ils apportent leur contribution à travers les sites Web qui sont ouverts.

Après l’allocution de bienvenue qui campe le sens de ces assises lue par la membre de la direction de l’Alliance Jëf-jël, Rahmatou Sow Guèye, c’est au tour du responsable du Rassemblement national démocratique (Rnd), Diallo Diop de présenter les différentes commissions dont les travaux constitueront l’essentiel de cette rencontre. Dans ces commissions techniques, l’on retrouve des experts et des personnalités de tout bord notamment d’anciens directeurs de banque, d’anciens généraux, d’anciens fonctionnaires internationaux et même un ancien Premier ministre en l’occurrence Mamadou Lamine Loum.

Ce qui a, par ailleurs, beaucoup retenu les attentions avant le discours du président Amadou Mahtar Mbow, c’est le message de Mansour Sy Jamil envoyé depuis Djeddah. « je regrette profondément de ne pas pouvoir être parmi vous en ce moment de l’histoire de notre pays où tout est fait pour briser l’échine, intimider et bafouer la dignité individuelle et collective, de ceux qui ne se résignent pas, dont le seul péché est de vouloir discuter des problèmes du pays comme cela se passe dans toutes les démocraties.

Il est salutaire pour notre République, que les Sénégalais ne cèdent pas aux pressions et aux menaces proférées par les hautes autorités de notre pays », a déclaré l’expert de la Banque islamique de développement (Bid), Mansour Sy Jamil dans sa missive. Il est, dans une parfaite rhétorique, revenu sur le sens de ces assises tout en indiquant que le président Abdoulaye Wade doit y participer. « C’est ce que mon cœur pressent et la raison l’impose de dire. Et, je lui connais une intelligence fine, un sens des réalités et une générosité qui ne laissent espérer qu’il le fera », a-t-il souligné.

(Ibrahima Lissa FAYE Sud Quotidien)

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